Le premier des auteurs connus de fu est Jia Yi, dont la biographie nous est retracée dans le Shi ji de Sima Qian, à la suite de celle de son grand modèle, Qu Yuan. L'historien nous trace les grandes lignes d'une existence qui a été, elle aussi, un archétype. Homme du nord de la Chine, Jia Yi était capable à dix-huit ans de réciter les classiques des documents et de la poésie, et la renommée de son style s'était répandue dans les provinces. Il est alors recommandé à l'empereur Wen (~ 197-~ 157), souverain vertueux qui venait de monter sur le trône. Jia Yi est nommé « lettré au vaste savoir », c'est-à-dire chargé de répondre aux questions de l'empereur ou des ministres. Alors que les vieux maîtres n'osent pas parler, il ne craint pas de s'exprimer malgré son jeune âge, à la grande joie de l'empereur. Il est alors promu grand dignitaire du Palais, c'est-à-dire membre du Conseil privé de l'empereur. Dans sa première intervention, il propose une vaste réforme du calendrier, des règles vestimentaires, des noms des fonctionnaires, des rites et de la musique. Malgré les difficultés que présente la réalisation de ces propositions, l'empereur songe à le nommer prince de la Cour. Mais interviennent alors plusieurs seigneurs et hauts fonctionnaires qui, jaloux de Jia Yi, le calomnient auprès de l'empereur. Celui-ci les croit et exile Jia Yi en le nommant précepteur du fils du roi de Changsha, dans la région encore à peine chinoise du sud du Yangzi, considérée comme très insalubre.
Au cours de la première partie de sa vie, Jia Yi compose de courts essais moraux et politiques (gu wen), qui sont devenus des modèles du genre. Le plus célèbre sans doute est la « Dissertation sur les fautes des Qin », qui explique pourquoi la première dynastie impériale chinoise ne dura que quelques années. Ces courts essais ont été réunis dans un ouvrage appelé le Nouveau Livre. Arrivé à Changsha sur les bords de la Xiang, Jia Yi y retrouve le souvenir du poète Qu Yuan qui avait été, lui aussi, exilé dans cette région et dont la lége […]
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