3. Esquisse d'une histoire des jeux de pions
Les jeux de pions offrent un terrain fascinant et difficile pour l'historien. Ils forment nos plus vieux jeux de réflexion « complexes », n'étant précédés que par les dés avec lesquels ils ont d'ailleurs partie liée. Mais les preuves manquent et l'enquête s'enlise vite dans l'interprétation d'objets à la fonction inconnue. On peut toutefois s'aventurer à postuler une évolution logique.
On admet assez communément que les premiers jeux intellectuels sont des jeux de dés purs. Quelques indices archéologiques nous permettent de penser que l'usage d'instruments aléatoires ou générateurs de hasard était déjà connu au Chalcolithique, voire au Néolithique. Il est sans doute venu à l'esprit de ces premiers joueurs de marquer les points à l'aide de « jetons » – précurseurs des pions ? – puis sur un « compteur » – qui anticiperait ainsi le tablier de jeu – en déplaçant un ou plusieurs objets le long d'une ligne « graduée ». De là, on serait passé au principe des jeux de parcours : on connaît des exemples de parcours rectilignes (tel le bul maya). Il n'est pas difficile de donner au circuit une forme plus complexe, en méandres, puis en spirale ou selon tout autre schéma. De fait, les plus anciens jeux de réflexion sûrs et datables sont tous des jeux de parcours plus ou moins complexes (jeu du serpent mehen, senet, « jeu royal d'Ur » – alias « jeu des vingt cases » –, tous attestés à une époque très reculée, vers 3000-2800 av. J.-C.). Ils sont présents dès les débuts des premières civilisations, mais leur haut degré d'élaboration suggère une préhistoire plongeant plus loin dans le temps.
Dans les jeux de parcours tels que définis plus haut (diagramme unidimensionnel, progression linéaire des pions, assujettissement à un générateur de hasard), la résolution du conflit entre deux pions adverses arrivés sur une même case offre un intéressant critère discriminant. On peut ainsi énumérer les situations quand deux pions adverses se retrouvent sur une même case :
– r […]
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