4. Jeu et pédagogie
• Le problème de l'école « active »
Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que les éducateurs aient voulu faire profiter la pédagogie des aspects formateurs du jeu, mais on ne peut confondre ce dernier avec le travail scolaire. Si, à toutes les périodes de décadence et de relâchement social (par exemple à Rome, lorsque Pétrone écrivait : « Maintenant dans les écoles, les enfants jouent »), le jeu prend une importance croissante dans le domaine scolaire, s'il y a toujours eu des pédagogues pour insister sur le rôle éducatif du jeu (Montaigne, Locke, Comenius, entre autres), c'est surtout vers 1900 que ces tendances ont pris forme dans les théories de l'école dite active, en particulier avec E. Claparède, O. Decroly, A. Ferrière, J. Dewey, G. Kerschensteiner. Il s'agit alors non seulement d'user de jeux éducatifs à l'école maternelle où nul ne conteste leur place, mais de faire pénétrer dans la vie scolaire l'esprit du jeu, sa spontanéité, l'efficacité des groupes, le loisir. On a vu ainsi se multiplier les initiatives : voyages éducatifs, journaux de classes, composition de poésies, etc.
Cette conception pédagogique, qui serait intégralement valable si le jeu n'était qu'un préexercice, n'a plus la même valeur si l'on admet que le jeu est une épreuve et non un entraînement. Or, et en cela il diffère aussi du sport, le jeu n'est pas vécu comme un exercice visant le futur ; il ne se transforme en un tel exercice que lorsqu'il reçoit de l'adulte éducateur un sens temporel ; or l'enfant ne peut encore lui donner cette qualité, faute de savoir prévoir ; organiser selon cette visée les épreuves du jeu, c'est déjà en faire un travail scolaire. D'ailleurs, l'enfant sent bien ce caractère imparfait du jeu et souvent il montre que, pour lui, le travail a plus de valeur : c'est pourquoi, vers cinq-six ans, il aime tant que l'adulte lui donne des « travaux » à faire ; c'est pourquoi aussi le passage à la « grande classe » représente de manière si nette une « montée » pour l'enfant de la maternelle. C. Freinet et A. S. Makarenko ont justement insisté sur cet amour du travail vivifié par l'appel de l'aîné ; l'enfant cherche alors à sortir du jeu, ce qui équivaut pour lui à sortir de son enfance.
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