3. La théorie « globale » et les apories rationalistes
• Le « réel » et l'« imaginaire »
À travers leur critique de la conception rationaliste du jeu, conception où s'opposent jeu et sérieux, loisir et travail, jeu et réel, etc., les tenants de la théorie « globale » du jeu prétendent faire la critique de tout dualisme dans les différents champs des études anthropologiques. Celui qu'ils attaquent le plus directement à travers leur théorie du jeu, c'est le dualisme qui consiste – en littérature, dans les arts, en politique, en histoire – à opposer le réel et l'imaginaire, c'est-à-dire à prétendre qu'il existe une réalité objective indépendante de l'interprétation dont les hommes la colorent selon les vœux – inconscients, bien entendu – de la culture à laquelle ils appartiennent. Ainsi, on a pu dire (J. Derrida, S. Moscovici) qu'il n'existe pas une nature qui serait universellement la même dans le temps et l'espace, mais que cette nature change, qu'elle n'est pas la même d'une culture à l'autre. Parler de « réalisme » serait donc un non-sens, car il n'y a jamais un réel dont on s'écarterait plus ou moins. Tout réel est imprégné d'imaginaire. Aucun phénomène anthropologique ne saurait alors être interprété comme un signifiant-imaginaire flottant, variable, qui coïnciderait plus ou moins fidèlement avec un signifiant-réel, fixe et stable.
Dans le cas de l'étude d'une œuvre d'art, par exemple, qui se veut fondée anthropologiquement, le travail critique ne consiste donc pas à mesurer et à noter le prétendu écart, ou la prétendue déviation, entre l'œuvre, prise comme « morceau d'imaginaire », et le « réel » (la réalité psychologique, sociologique, historique ou autre) à partir duquel ladite œuvre aurait été produite. Une telle mesure permettrait au critique de se prononcer sur le degré de réalisme, d'irréalisme, de fantastique, de grotesque, de naturalisme, qui affecte cette œuvre. En fait, il n'en est rien, puisque le réel n'est pas ce fond neutre et objectif sur lequel se détacherait et […]
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