Né le 28 mars 1930 à Chicago, Jerome Isaac Friedman est le fils d'émigrants russes arrivés quinze ans plus tôt aux États-Unis. Se passionnant pour la physique après la lecture d'un ouvrage de vulgarisation d'Einstein sur la relativité, il bénéficia en 1950 d'une bourse pour étudier à l'université de Chicago, y suivit les cours d'Enrico Fermi et commença avec lui son travail de thèse sur la polarisation acquise par un proton accéléré par le nouveau cyclotron et diffusé par une cible nucléaire. La mort prématurée de Fermi, en 1954, intervint avant qu'il obtienne son doctorat en 1956.
Après avoir participé avec Valentine Telegdi à une des premières expériences prouvant la violation de la parité dans les désintégrations des muons, il rejoignit l'équipe de Robert Hofstadter au laboratoire de physique des hautes énergies de l'université Stanford. Il y apprit les techniques de détection électronique des particules et participa aux expériences de diffusion d'électrons sur les deutérons, collaborant alors en particulier avec Henry Way Kendall. En 1960, il devint professeur au M.I.T. et, bientôt rejoint par Kendall, développa un programme de recherche à l'accélérateur d'électrons de Cambridge (Massachusetts), centré sur les tests de l'électrodynamique quantique. En 1963, Friedman et Kendall mirent en place, avec des physiciens de Stanford (dont Richard E. Taylor) et du Caltech de Pasadena, un programme d'études pour l'accélérateur linéaire de 20 GeV en construction à Stanford. De 1967 à 1975, ils purent effectuer une série d'expériences de diffusion d'électrons sur des noyaux atomiques. Les caractéristiques de ces réactions mirent en évidence la structure en quarks et gluons des protons. Le prix Nobel de physique 1990 récompensa Friedman, Kendall et Taylor pour cette découverte fondamentale qui ouvrit la voie à la compréhension moderne de l'interaction nucléaire forte.
Friedman participa ensuite à plusieurs expériences de physique des particules au laboratoire Fermi, près de Chicago ; les tâches administratives qui lui furent confiées ne l'absorbèrent jamais complètement ; il travailla activement au projet de supercollisionneur supraconducteur avant qu'il ne soit abandonné.
Bernard PIRE
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