2. Du subjectif à l'objectif ou le prix du plaisir
Reprenant le vieux fonds philosophique issu de Hobbes, Bentham y introduit la mesure différentielle et fonde ainsi sa déontologie. Les concepts imprécis de légitimité, de justice, de bonté, de moralité seront transformés en concepts opératoires précis. Bentham est probablement l'un des fondateurs de ce que l'on appelle aujourd'hui « sciences humaines » : le plaisir et la douleur jouent dans l'analyse des phénomènes moraux le rôle que les faits jouent en physique. De même qu'un fait physique n'est pas une donnée immédiatement constatable, mais le produit d'une analyse, le plaisir et la douleur, bien qu'ils soient éprouvés subjectivement, doivent être convertis par une analyse précise en quantités mesurables objectivement. Sans doute connaît-on l'objection classique contre ce genre de tentatives : comment traiter objectivement de ce qui, par définition, est de l'ordre du subjectif et du qualitatif purs ? Bentham fait remarquer que la physique, science objectiviste s'il en est, traite bien objectivement de phénomènes qui sont d'abord donnés à la perception sous forme qualitative (chaleur, vitesse). Il faut donc trouver le biais expérimental qui permettra de mesurer le plaisir et la douleur escomptés par un individu dans le choix de ses actions. Or ce biais expérimental est déjà donné dans l'existence sociale des hommes, et très précisément sur le marché économique : chaque chose se vend à son prix, et chacun sait mesurer la valeur comparée de deux marchandises. C'est donc par le biais du prix que l'on est disposé à payer pour un plaisir qu'il est possible de mesurer la valeur de ce plaisir. Et pour un même prix nous choisissons entre divers plaisirs celui qui est le plus grand.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



