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MOREAU JEANNE (1928- )

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2.  « Une nietzschéenne »

Ce passage inéluctable des mois, des saisons, des années marque de plus en plus nettement ses personnages. Déjà en 1963, pour la Jackie de La Baie des anges, de Jacques Demy (1963), le jeu était une manière de se jeter dans l'instant pour oublier cette vie qui s'écoule à côté d'elle. Le « rien ne va plus... » du croupier scande l'évolution du personnage de Jeanne sans engendrer un quelconque désespoir. Pour l'historienne féministe Molly Haskell, « elle vit et son visage le montre, alors que d'autres actrices s'embaument ». Refusant les artifices qui dissimulent traditionnellement les marques du temps, Jeanne Moreau expose, avec l'insolence d'une « femme nietzschéenne », une beauté dans toute sa vérité. Une vérité qui rejoint celle que sa complice Marguerite Duras met à vif dans son écriture, que ce soit à partir d'un personnage romanesque (Le Marin de Gibraltar, Tony Richardson, 1967), sous la caméra de Duras (Nathalie Granger, 1973), ou autour de la romancière devenue personnage (Cet amour-là).

Femme fatale, « ange de la mort » dans La Mariée était en noir (François Truffaut, 1967), la cruauté dont l'actrice fait preuve à l'égard des hommes (Mata-Hari agent H 21, Jean-Louis Richard, 1965, Les Valseuses, Bertrand Blier, 1974) demeure humaine et n'exclut pas la perte dans une passion tout aussi fatale... Jeanne Moreau tend au mythe, comme l'ont bien compris deux grands créateurs. Déjà dans Falstaff (1966), le héros (Orson Welles lui-même) lançait à Jeanne (la ribaude Dolly) : « Quand je ne serai plus de ce monde, tu m'oublieras ». Dans Une histoire immortelle (1968), Jeanne devrait être pour le vieux Clay (Orson Welles) l'instrument permettant de rendre vraie une légende prolongeant sa vie. Mais la délirante entreprise se heurtera à la réalité, celle de la sexualité et des sentiments. Comme dans Jules et Jim, la statue s'est faite chair et femme ruinant tout projet d'éternité. Dans l'un des sketches du Petit Théâtre de Jean Renoir (1971), vêtue d'une robe 1900, devant un décor de café-concert, Jeanne Moreau est la Femme, le Spectacle, le Théâtre. Pour ce qui sera l'ultime film du « Patron », les paroles de sa chanson sont celles d'une valse célèbre, Quand l'amour meurt, qui nous renvoient à celles de ce Tourbillon qui emporte les instants de la vie dans Jules et Jim.

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Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l'échafaud, de L. Malle, 1958 Jeanne Moreau

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