La France l'a trop vite oubliée. Ailleurs, notamment aux États-Unis, Jeanne-Marie Darré est considérée comme l'une des plus grandes interprètes d'un siècle qu'elle a traversé presque dans son entier. Avec elle a disparu la dernière incarnation d'une brillante école française du piano, dont les caractéristiques très particulières se sont noyées dans l'uniformité des standards internationaux.
Jeanne-Marie Darré naît à Givet, dans les Ardennes, le 30 juillet 1905. Elle entre à dix ans au Conservatoire de Paris, où elle travaille le piano avec Marguerite Long puis Isidore Philipp, le solfège avec Eva Sautereau et l'harmonie avec Jean Gallon. À quatorze ans, en 1919, elle y remporte le premier prix de piano. Gabriel Fauré la conseille, Maurice Ravel lui fait répéter Ondine, première pièce de Gaspard de la nuit, Camille Saint-Saëns la guide dans l'approche de ses concertos : avec Liszt, qui ne cessera de la fasciner, ces quelques noms constituent l'ancrage essentiel de l'univers musical de Jeanne-Marie Darré.
Elle donne en 1920 son premier récital parisien. Tout en poursuivant sa formation à Budapest auprès du grand pianiste et compositeur Ernö von Dohnán […]
