Au même titre que Jacques Derrida ou Michel Foucault, Jean Starobinski est une personnalité prestigieuse du monde intellectuel contemporain. Pour recevoir le titre de docteur honoris causa de nombreuses universités européennes et américaines, il faut bénéficier d'une solide réputation ainsi que de l'estime des cercles universitaires. Mais se voir consacrer des numéros spéciaux de revues comme le Magazine littéraire ou Critique, être salué par des écrivains comme Yves Bonnefoy ou Michel Butor, être régulièrement récompensé depuis 1954 par des prix aussi divers que le prix Pierre de Régnier de l'Académie française (1972), le prix international Balzan (1984), le prix Goethe à Hambourg (1984) ou le Karl Jaspers-Preis à Heidelberg (1999), être membre de multiples académies, ou même faire l'objet de colloques (2001) ou de monographies (2004) sont autant de témoignages que cette réputation s'étend bien au-delà de ces cercles.
1. La relation d'empathie
De parents d'origine polonaise installés en Suisse depuis 1913, Starobinski est né en 1920 à Genève (il sera naturalisé en 1948). Grâce à Marcel Raymond, il rencontre Pierre Jean Jouve qui s'est réfugié à Genève en 1941. Il lit alors Kierkegaard, traduit Kafka. Comme il le dit en 1957 : « sans la chance qui m'a fait naître à Genève, j'aurais disparu à vingt-deux ans dans un four crématoire. J'ai l'indécence de le rappeler quelquefois à ceux qui m'y eussent envoyé et qui, aujourd'hui, devenus des agneaux, jouent les persécutés ou les originaux ». Docteur ès lettres en 1957 (Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l'obstacle), puis docteur en médecine en 1960 (Histoire du traitement de la mélancolie) après avoir été Assistant Professor (1954-1956) au Department of Romance Languages de la Johns Hopkins University (Baltimore) où il fréquente Leo Spitzer et Georges Poulet, il devient professeur d'histoire des idées à l'université de Genève (1958-1985), puis professeur extraordinaire et professeur ordinaire (1964-1985) de littérature […]
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