Dans les années 1930 et 1940, les conventions hollywoodiennes voulaient que les grands classiques de la littérature (Roméo et Juliette, La Dame aux camélias, Les Hauts de Hurlevent) fussent interprétés par les grands acteurs de l'époque, même s'ils avaient largement dépassé l'âge du rôle. Le metteur en scène Otto Preminger est l'un des premiers à enfreindre cette règle lorsqu'il engage, pour interpréter Saint Joan d'après Bernard Shaw (1957), une inconnue capable de retrouver l'innocence et la spontanéité de la Pucelle d'Orléans. Jean Seberg, alors âgée de dix-huit ans, va imposer, par sa maladresse même, un nouveau type de personnage. Sa coiffure, à l'origine fonctionnelle, deviendra deux ans plus tard, dans le film de Jean-Luc Godard À bout de souffle, le symbole d'un comportement totalement affranchi.
Pourtant, avant d'être définitivement lancée par le film de Godard, Jean Seberg a interprété, de nouveau sous la direction de Preminger, l'héroïne frêle de Bonjour tristesse (1958), le roman de Françoise Sagan. Mais elle ne s'impose au public français, paradoxalement, que sous son identité d'Américaine, dans un rôle d'étudiante en jeans, vendant le New York Herald Tribune sur les Champs-Élysées. Sa façon de rompre avec les tics du métier, d'évoluer librement dans l'espace cinématographique épouse parfaitement les conceptions des metteurs en scène de la nouvelle vague. Suivent La Récréation (1960), de François Moreuil, Les Grandes Personnes (1961), de Jean Valère, et L'Amant de cinq jours (1961), de Philippe de Broca. Mais aucun de ces trois metteurs en scène ne parvient à utiliser le charme particulier, la gravité de la jeune actrice. En 1962, Robert Parrish, dans In the French Style (À la française), est mieux inspiré.
Sa vie privée la retenant en France, Jean Seberg connaît une carrière inégale, entre Échappement libre de Jean Becker (1964), où elle retrouvait Jean-Paul Belmondo, et La Ligne de démarcation de Claude Chabrol (1966).
Avec Robert Rossen, dans Lilith (1963), elle […]
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