4. Un style Renoir ?
Aux États-Unis, Jean Renoir va apprendre, selon ses propres termes, à « simplifier ses moyens d'expression ». Ce sera l'enjeu des dernières années. Y a-t-il un « style Renoir » ? Dans les années 1930, profondeur de champ et plans-séquences réunissaient les êtres en donnant le sens de la simultanéité des actions. Le découpage imposé par le « style américain » amène Renoir à abandonner ces figures au profit d'une vision plus directe – mais pour certains plus impersonnelle. En apparence seulement : car le plan-séquence permet à l'acteur de donner sa pleine mesure. Dans Le Testament du docteur Cordelier (1959), Renoir ira jusqu'à filmer avec huit caméras pour maintenir la continuité de cet élan. Et l'on ne dira jamais assez sa passion pour les acteurs. Il y va, ici encore, du « petit théâtre », social comme mental : Michel Simon (On purge Bébé, 1931, La Chienne, Boudu...), Jean Gabin (Les Bas-Fonds, La Grande Illusion, La Bête humaine), à qui il donnera son dernier vrai grand rôle dans French Cancan, Anna Magnani (Le Carrosse d'or), Ingrid Bergman (Éléna et les hommes, 1956) poussent leur personnage à l'extrême. Renoir permet aussi à Louis Jouvet (Les Bas-Fonds) comme à Pierre Fresnay (La Grande Illusion), plus théâtraux, d'acquérir un jeu pleinement cinématographique. Après son retour en France, en passant par l'Italie (Le Carrosse d'or), Renoir, qui a également monté plusieurs pièces au théâtre, joue d'une mise en scène d'essence de plus en plus théâtrale, presque en à-plats, comme lors de la chanson qu'interprète Jeanne Moreau dans Le Petit Théâtre.
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