Né à Marseille en 1922, critique littéraire et grande figure universitaire (après avoir enseigné aux Instituts français de Londres et d'Espagne, puis à Vincennes de 1968 à 1978, il est devenu ensuite professeur à la Sorbonne), Jean-Pierre Richard est le principal continuateur de la critique « thématique » inaugurée principalement par Gaston Bachelard et Georges Poulet (avec lequel il travailla à Édimbourg), mais développée, ciselée et magnifiée par lui jusqu'à devenir quelque chose de tout à fait spécifique et d'assez unique dans son affinement et sa précision de saisie textuelle.
Critique thématique, la critique richardienne ne se veut ni explication ni interprétation, mais description de « paysages » littéraires, inventaire et répertoire du champ perceptif particulier à un auteur. Reconnaître, au gré de l'étude de cette région profonde de la conscience que Bachelard a nommée l'« imagination matérielle » (les sensations, les rêveries substantielles, les pulsions et les répulsions, les euphories et les dysphories que suscitent certains éléments, certaines matières, certains états du monde extérieur), non seulement le sens et l'unité d'une œuvre, mais aussi le style d'un être-au-monde, les grandes coordonnées du séjour d'un écrivain, voilà son principe et son but.
Refusant les schémas théoriques préfabriqués (à moins de grande pertinence et de liens rigoureux avec le texte commenté), recensant simplement les « motifs » d'une œuvre (les objets concrets obsessionnels qui y circulent de façon préférentielle) pour les organiser en « thèmes » (les grandes unités de signification qui la traversent), c'est à partir du texte analysé et du texte seul, dans ses échos et ses résonances, qu'elle trouve les éléments de sa construction. Elle est donc à sa manière une herméneutique ; une psychanalyse aussi, dans la mesure où elle s'efforce de dévoiler l'implicite derrière l'explicite, le latent derrière le manifeste et parfois de montrer, par-delà le tragique apparent de la biographie d'un auteur, l […]
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