« Mener d'une manière paradoxale des principes rigoureux et construits, et d'autres empruntés et imagés, sans jamais faire de choix » : c'est ainsi que, peu avant sa brutale disparition, à l'âge de soixante et un ans, l'artiste français Jean-Pierre Pincemin anticipait avec humour ce qui pourrait, dans un article de dictionnaire, résumer la singularité de son travail.
Il plaçait la liberté d'improviser au centre des protocoles plastiques implacables qu'il s'imposait. Cette imprévisibilité, il disait volontiers la tenir d'Arthur Rimbaud, comme de « cette faculté qu'ont les enfants de coller les hasards ensemble, d'en faire des évidences ». Entre principes et hasard, l'artiste s'arrogeait le droit de divaguer depuis la stricte abstraction jusqu'aux registres figuratifs les plus hétérodoxes. Tout au long de son œuvre, il resta fidèle à une pratique soumettant peinture, gravure ou sculpture à l'épreuve des modes de dissémination, de contamination des images. Il revendiquait comme le fondement même de sa recherche l'association des sources et ressources de la bande dessinée, du cinéma, des maîtres du Louvre, de modalités opératoires contemporaines de l'action painting, […]
