Contrairement à une légende tenace, la carrière de Jean-Pierre Léaud n'a pas débuté avec Les Quatre Cents Coups (1959). Non seulement il a joué (avec Jean Marais) en 1957 dans La Tour prend garde, de Georges Lampin, mais il est apparu, à l'âge de quatre ans, dans Un homme marche dans la ville, de Marcello Pagliero. Rien d'étonnant, puisque, né le 5 mai 1944, il est le fils de la comédienne Jacqueline Pierreux et du scénariste Pierre Léaud. À la suite d'une annonce publiée dans France-Soir, François Truffaut le choisit parmi près de quatre cents candidats. Ses quelques minutes de bout d'essai, où il fait montre de la « gouaille » demandée par le réalisateur comme d'une touchante timidité, appartiennent désormais à la filmographie de Jean-Pierre Léaud, au même titre que les quelque soixante-dix films qui suivront. Truffaut trouve en lui « une certaine souffrance par rapport à la famille » qui est aussi la sienne. Mais leurs révoltes sont différentes : « Je préférais camoufler et mentir. Jean-Pierre, au contraire, cherche à froisser, à choquer, et tient à ce qu'on le sache... » À quinze ans, le succès des Quatre Cents Coups le propulse au rang de vedette, sous l'égide de Jean Cocteau, pour lequel il interprète un petit rôle dans Le Testament d'Orphée (1960). Il est un des rares acteurs à reprendre à l'écran le même personnage : l'évolution physique, mentale, sociale d'Antoine Doinel suit celle de l'acteur (Antoine et Colette, 1962, sketch de L'Amour à vingt ans ; Baisers volés, 1968 ; Domicile conjugal, 1970 ; L'Amour en fuite, 1979). Léaud permet à Truffaut de réaliser un des désirs profonds de la plupart des cinéastes de la Nouvelle Vague : le retour des personnages d'un film à l'autre, à l'image de la Comédie humaine de Balzac. Dès Les Quatre Cents Coups, le choix de Léaud, sous l'effet de la forte personnalité de l'adolescent, transforme le personnage de Doinel comme le scénario : « Je considère donc qu'Antoine est un personnage imaginaire qui emprunte un peu à nous deux », dira plus ta […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



