L'égyptologue Jean-Philippe Lauer est né à Paris le 7 mai 1902. Sa famille, d'origine alsacienne, avait compté plusieurs architectes ; son père, par exception, était archiviste-paléographe, et fit toute sa carrière au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Jean-Philippe renoue avec la tradition et s'oriente vers les études d'architecture à l'École des beaux-arts de Paris ; en 1926, il obtient son diplôme. Dans la crise économique que traversait alors la France, la chance s'offrit à lui d'un poste en Égypte, au Service des Antiquités ; le contrat proposé était de huit mois, pour travailler à des relevés auprès des archéologues (le Suisse Gustave Jéquier, puis le Britannique Cecil M. Firth) à Saqqarah ; Jean-Philippe Lauer devait y passer sa vie entière.
Après le complexe funéraire de Pépy II et de ses reines, il passe rapidement à la pyramide à degrés de Djéser : mise en évidence des « maisons » dites du Sud et du Nord, déblaiement de secteurs de la grande enceinte (ce haut mur en calcaire blanc aux saillants et rentrants si caractéristiques), recherches dans la tombe du roi avec la découverte des niches à stèles et les étincelantes plaquettes de faïence bleue, dégagements du secteur sud avec la « frise des cobras », puis l'exploration du tombeau méridional, enfin la découverte de deux galeries profondes où avait été entassée une extraordinaire collection de 35 000 vases, coupes et assiettes en albâtre, schiste, diorite, porphyre – de quoi remplir plus de 6 000 caisses, car toute cette vaisselle, gravée parfois du nom de pharaons antérieurs, était effroyablement cassée.
En 1931, Cecil M. Firth mourut lors d'un voyage de congé en Europe ; puis ce fut la guerre. Après la Libération, Jean-Philippe Lauer retourne à Saqqarah poursuivre, au contact direct du monument, son œuvre d'ermite : le dégagement et l'anastylose, c'est-à-dire la reconstitution des éléments de la pyramide de Djéser ; il reprit l'étude des vestiges du mur d'enceinte, dont il reconstitua l'élément d'entrée, puis, très méthod […]
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