2. Un journaliste révolutionnaire
Les conditions créées par la réunion des États généraux et la libéralisation au moins relative du régime de la presse devaient faire de Marat un journaliste engagé et un des théoriciens les plus écoutés de la population parisienne. Les idées politiques qu'il diffusait dans son journal, L'Ami du peuple, évoluèrent d'ailleurs à mesure que se précisaient les attaques des aristocrates, contre lesquelles il ne cessa jamais de mettre en garde, au point d'être surnommé Cassandre-Marat par son rival Camille Desmoulins. Les thèmes les plus constants dans l'œuvre de Marat journaliste ou pamphlétaire étaient un amour exclusif des masses populaires, dans lesquelles il voyait aussi bien les éléments les plus efficaces de la Révolution que ceux qui devaient en bénéficier le plus, la dénonciation constante des tendances des riches du tiers état à se réserver les profits des changements politiques et sociaux, les critiques contre les fausses idoles de l'opinion publique, en particulier Necker, puis Mirabeau et surtout peut-être La Fayette. Les idées de Marat, dispersées au jour le jour dans des articles de circonstance ou de polémique, témoignaient de la familiarité de l'auteur avec les institutions britanniques. Il était, de ce fait, un juge plus documenté et plus critique que la plupart des contemporains, les souvenirs de sa formation intellectuelle lui faisant, en outre, considérer comme un idéal possible une cité inspirée de la Sparte antique. Les appels à la vigilance de Marat contre les complots liberticides des éléments modérés contribuèrent incontestablement à faire grandir, sinon naître, cette psychose obsidionale qui allait marquer tant d'épisodes de la Révolution. Même quand il rappelait les grands événements qui avaient marqué les premières années de la crise, la nuit du 4 août ou la fête de la Fédération, Marat, tout en affirmant les aspects positifs des faits, mettait en garde contre le relâchement de la vigilance révolutionnaire qu'ils p […]
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