2. Acteur avant tout
Le succès est foudroyant, mais Belmondo montre très vite l'étendue de son registre. Il surprend dans le rôle inattendu de Léon Morin, prêtre (Jean-Pierre Melville, 1961), que peu d'autres auraient su rendre aussi crédible, sobre et émouvant. Il passe de l'avant-garde littéraire (Moderato cantabile, Peter Brook, d'après Marguerite Duras, 1960) aux grands drames italiens (La Viaccia, Mauro Bolognini, et La Ciociara, Vittorio De Sica, 1960), via le pur divertissement (Cartouche, Philippe de Broca, 1962). Truffaut l'utilise à contre-emploi dans La Sirène du Mississippi (1969), comme Chabrol dans Docteur Popaul (1972), tandis que Godard prolonge son personnage romantique, violent et désespéré dans un autre film mythique, Pierrot le fou (1965).
Belmondo interprète aussi les premiers films de Jean Becker ou Marcel Ophuls et trouve avec Melville quelques-uns de ses plus beaux rôles (Le Doulos, 1962, et L'Aîné des Ferchaux, 1963). Comme producteur (Cerito Films) et acteur, il sait risquer gros et perdre sans amertume (Stavisky, Alain Resnais, 1974). Mais il donne peu à peu le sentiment de gérer bourgeoisement sa carrière comme son personnage, capitalisant ses acquis sous la direction de Philippe de Broca, de L'Homme de Rio (1964) à L'Incorrigible, 1975), de Henri Verneuil (Cent Mille Dollars au soleil, 1964), de Georges Lautner, de Gérard Oury, Jean-Paul Rappeneau, Jacques Deray, Claude Lelouch ou Philippe Labro... Certes, il remonte sur les planches avec succès, entre autres, en 1987 dans Kean, en 1990 dans Cyrano de Bergerac, et dirige le Théâtre des Variétés à Paris... Mais la reconstitution du couple Delon-Belmondo qui avait triomphé en 1970 (Borsalino, Jacques Deray) échoue en 1998 (Une chance sur deux, Patrice Lecomte). Après une longue absence, l’acteur renoue avec le cinéma dans Un homme et son chien de Francis Huster (2008), inspiré du film de Vittorio De Sica Umberto D.
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