2. Une « architecture critique »
Combatif, rebelle, Jean Nouvel le restera longtemps. Son architecture trouve l'essentiel de sa vigueur, le prétexte à ses choix, dans cette attitude critique qui l'anime tout entier. En pleine période postmoderne, il élabore des édifices « réactifs ». Ainsi pour la maison Dick, construite en 1978 près de Troyes, comme on lui refuse un permis de construire, il feint de s'incliner, mais trace à la brique rouge les corrections du censeur et fait d'une violence qu'on lui impose le fondement même de son esthétique. Ainsi encore, l'année suivante, comme il doit construire à Antony un collège à partir d'un système industrialisé tout à fait médiocre, en renchérissant sur la standardisation, en numérotant chaque pièce de ce pauvre Meccano, en multipliant les effets de trame, imagine-t-il une sorte de paysage d'architecture normalisée, baigné des lueurs lugubres de tubes d'éclairage au néon.
Ailleurs, il s'essaie, avec une certaine maladresse qui suscite pourtant la curiosité, à la manipulation des significations croisées et à cet exotisme moderne qui est resté l'une de ses caractéristiques. Ainsi pour la clinique du Val-Notre-Dame de Bezons (Val-d’Oise), terminée en 1979, qu'il emballe sous une carrosserie de métal ondulé et brillant, et qu'il enrichit de passerelles et d'échelles de coupée pour tenter d'évoquer le caractère passager de la maladie et greffer sur cet édifice sanitaire l'idée du transatlantique mâtinée de celle des trains qui traversent l'Europe.
Si certains de ses projets de concours semblent un peu univoques et simplistes, d'autres réalisations ont un caractère stupéfiant, malgré quelques maladresses de détail et leur peu de souci de la commodité la plus élémentaire. Ainsi, en 1980, la rénovation drastique du vieux théâtre de Belfort, mis à nu, gratté, rayé, brûlé au chalumeau en certains endroits, et drapé en d'autres lieux de fastes quasi baroques. Dans le même registre « blessé », la réhabilitation en 1985 du lycée technique Dhuoda, à […]
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