3. La quête et le secret
Car le détour par l'écriture sacrée des civilisations archaïques a révélé à l'écriture même des puissances cachées : celles de l'initiation. Dès lors, le roman de Le Clézio retrouvera les ressources narratives traditionnelles de ce qu'il faut bien appeler une « quête initiatique ». Tantôt il s'agit de découvrir la lagune (ou la langue ?) où se cachent les baleines, et c'est dans Pawana. Tantôt, de reprendre la recherche d'un trésor déjà localisé par le père, et c'est toute la geste du Chercheur d'or. Quête chaque fois décevante : l'objet se dérobe sans fin ; ou s'il se donne, comme le spectacle réel des baleines, c'est pour s'enfouir aussitôt dans une histoire sanglante. Bref, au fil des pages, le chercheur découvre que le trésor gît dans l'univers même, dans sa beauté, dans sa puissance de destruction (celle de l'ouragan final du Chercheur d'or, par exemple) et dans sa permanence.
Pour mener à bien une telle entreprise, l'imaginaire romanesque dispose d'une figure privilégiée : celle de l'initiée-initiatrice. De fait, c'est presque toujours à la femme, et plus précisément à la jeune fille, que revient le don du passage, l'art des Voyages de l'autre côté. Déjà Naja Naja, l'héroïne énigmatique de ce roman, détenait son secret : un pouvoir d'absence issu de la contemplation des choses. Mais l'attrait pour le mystère et la magie de l'adolescente se fait plus précis dans Désert, Printemps et autres saisons, Étoile errante, dans les nouvelles de « La Ronde et autres faits divers », enfin dans Le Chercheur d'or. Là, c'est vraiment Ouma, la jeune manaï descendante des anciens esclaves noirs, qui enseigne au héros le mépris de l'or et la connaissance de la beauté. Ainsi toujours, à la frénésie possessive (et guerrière) de l'Occidental, Lalla, Ouma, Zobéïde, Zinna et tant d'autres opposent, au sein du plus grand dénuement, leur noblesse et leur liberté souveraines. En elles se déploie la mémoire de lointains fabuleux, l'Orient ou l'Afrique (vers laquelle il revien […]
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