Philosophe et poète, Jean-Louis Chrétien (né en 1952, à Paris, normalien, agrégé de philosophie, professeur à l'université de Paris-IV) occupe une place singulière dans le paysage philosophique français contemporain. Tout à la fois phénoménologue, théologien, poète, professeur, érudit, il ne saurait toutefois être réduit à l'une de ces qualifications. « À chaque question son mode d'écriture », dit-il dans un entretien accordé à la revue Nunc, en 2005. Si parole et corps sont les deux « thèmes » qu'il n'a de cesse d'explorer dans tous les sens, depuis plus de vingt-cinq ans, à travers une œuvre dense, rare et cependant abondante (plus de vingt livres publiés depuis Lueur du secret en 1985), paroles philosophique, théologique ou poétique sont pour lui des modalités irréductibles, proches et séparées, d'une même écoute.
Si les œuvres de ceux qui auront pensé et écrit avant nous nous touchent, c'est parce qu'en elles s'entend l'adresse d'une voix, l'incarnation d'un souffle. « Toute voix humaine répond, toute inauguration est en souffrance et en passion sous une voix antérieure qu'elle n'entend qu'en lui répondant, qui la précède et qui l'excède » (La Voix nue, 1990). Ce qui précède et excède ne saurait être simplement saisi par l'entremise d'une « présence » transparente et vide. Le secret habite au cœur du verbe qui nous fait parlant, pensant, sentant et souffrant. Le caché et le révélé sont les deux faces d'une même énigme nous provoquant à être en quête incessante de réponses à jamais provisoires. La voix, tout comme la vision ont été réduites par la tradition « métaphysique » à une présence pleine que Derrida aura su, à la suite de Heidegger, déconstruire dans ses moindres détails. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu'elles soient réductibles aux analyses critiques légitimes que l'on aura pu en faire. « Couverte par ce qui la fait se donner », la voix garde son secret à être adressée, tenue, promise. Promesses furtives – titre d'un ouvrage paru en 2004 – analyse le « tacite » qu […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



