Né le 25 juin 1919 à Méréville (Seine-et-Oise), agrégé de lettres classiques, Jean-Louis Bory remporte le premier prix Goncourt de l'après-guerre, avec Mon Village à l'heure allemande (1945), transposition de ses souvenirs de la Résistance, et premier élément de son grand cycle romanesque Par temps et marées. Ce genre de succès précoce est souvent à l'origine de carrières romanesques avortées : Bory, au contraire, va poursuivre la sienne sans impatience et sans concession, tirant de sa mémoire la trame de Chère Aglaé (1947), La Vie de château (1954), L'Odeur de l'herbe (1962), romans regroupés avec quelques autres sous le titre général Hermemont (1973). Une enfance et une adolescence heureuses et inquiètes à la fois s'y retrouvent, baignées de la lumière de ce qui était encore la campagne aux portes de Paris.
Attiré très tôt par le cinéma et l'expression audiovisuelle (il participe notamment à l'émission radiophonique « Le Masque et la plume »), Jean-Louis Bory devient critique de cinéma à Arts, puis au Nouvel Observateur à partir de 1966. Ses chroniques hebdomadaires, toujours passionnées, jamais désinvoltes, peuvent être agressives, elles ne sont ni perfides ni féroces. Comme tous les grands critiques, à « démolir », il préfère louer... Sa générosité s'arrête cependant devant la mesquinerie, le fascisme larvé et toutes les formes de répression. Après avoir pris position contre la guerre d'Algérie, il revendique avec la même sincérité le « droit à la différence », c'est-à-dire, en ce qui le concerne, à l'homosexualité, notamment dans son autobiographie (La Peau des zèbres, 1969 ; Tous nés d'une femme, 1976) et dans Ma Moitié d'orange (1973). Il souligne notamment que si son statut social lui assure la liberté sexuelle, il n'en va pas de même pour certaines catégories de prolétaires et de marginaux, sur lesquels les interdits traditionnels pèsent bien davantage.
On doit aussi à Jean-Louis Bory un roman fantaisiste enregistré au magnétophone, Le Pied (1976), et (dans la lignée de ses adaptations télévisées de Balzac, d'Eugène Sue, de Dumas) plusieurs essais consacrés au roman populaire (Eugène Sue, dandy mais socialiste, 1973), un excellent et fort sérieux essai historique (La Révolution de Juillet, ou les Trois Glorieuses, 1972), ainsi qu'un amusant portrait de Cambacérès, sous-titré Les Cinq Girouettes (1978). Il met fin à ses jours le 12 juin 1979.
Gérard LEGRAND
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