« Le Roland de la Grande Armée ». Né à Lectoure, apprenti teinturier, volontaire en 1792, Lannes est déjà chef de brigade (colonel) en 1793. Par sa bravoure éclatante et l'audace de ses initiatives, il s'impose de plus en plus à l'attention de Bonaparte en Italie et en Égypte ; il fait partie du petit noyau de fidèles que ce dernier ramène en France avec lui et il joue dans la préparation du 18-Brumaire un rôle actif. En 1800, il commande l'avant-garde en Italie : il est vainqueur à Montebello et contribue puissamment au succès de Marengo. Bien qu'admirateur ardent de Napoléon, Lannes reste cependant jacobin de cœur ; il se lie avec Fouché par solidarité révolutionnaire ; la signature du Concordat le révolte ; aussi Bonaparte l'éloigne-t-il quelques mois (à l'instigation de Talleyrand, que Lannes exècre) en le nommant ambassadeur à Lisbonne. Pourtant, dès juillet 1803, Lannes se retrouve au camp de Boulogne en avant-garde. Il est maréchal d'Empire l'année suivante (regimbant d'ailleurs contre la nouvelle étiquette : il est le seul maréchal qui continue de tutoyer l'Empereur). De 1805 à 1809, il va s'imposer comme le meilleur (avec Davout) des chefs de corps de la Grande Armée et sa contribution à chaque triomphe est éclatante. À l'automne de 1808, il passe en Espagne avec Napoléon, et c'est lui qui, après le départ de l'Empereur, fait capituler Saragosse ; mais le caractère populaire de la résistance espagnole le bouleverse et il avoue son écœurement devant ce genre de guerre. En avril 1809, il est largement responsable du succès de la campagne d'Eckmühl ; à Essling, un boulet lui fracasse les genoux et il meurt des suites de l'amputation. Jusqu'à la fin, ses relations avec Napoléon auront été ambiguës : attachement passionné et critique jacobine parfois acerbe. Le déchirement n'a cessé de s'accentuer entre sa fougue d'homme de guerre et l'horreur que lui inspiraient les désastres de la guerre, horreur qui s'exprime de façon poignante dans les derniers mois de sa vie.
Jean MASSIN
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