Jésuite dont on a retenu qu'il fut envoyé (en 1634) comme exorciste auprès des célèbres ursulines « possédées » de Loudun, mais dont l'importance tient avant tout à son expérience mystique et au fait qu'il fut un des grands spirituels du xviie siècle français.
« Pour porter des paroles d'amour de votre part, j'irai avec une trompette d'or, au milieu des places... » Jean Joseph Surin est parti en aventurier, en gentilhomme gascon, pour les régions inconnues de l'esprit ; mais, quand il parle ainsi, il est atteint depuis vingt ans par la « folie » qui le retient, paralysé, dans le « cachot » d'une infirmerie, au collège de Bordeaux. Il a été pris aux pièges du voyage. Il rêvait d'une bataille où se jeter à corps perdu, « ne trouvant rien de plus beau qu'un coup d'épée reçu au travers du corps, me faisant mourir », disait-il. Le coup lui est venu, mais plus traître, du fond de lui-même. Ce qu'il dit encore, il l'a appris de cette blessure même, bien après la hardiesse des premiers départs. S'il est « l'homme peut-être le plus mystique du xviie siècle » (Malley), c'est parce que d'Artagnan est devenu Job.
Sa correspondance révèle, comme à l'état sauvage, un génie ardent et blessé. Il aime trop la vérité pour chercher à être exemplaire. Il témoigne, il souffre de l'amour sans aucun souci, et peut-être sans avoir assez le souci des limites qu'il outrepasse. Ce qu'il sait de l'absolu qui détruit et refait, il l'expérimente sans être délivré de son mal ni cesser de pousser l'audace jusqu'à la témérité. Rapide, intransigeant, il poursuit sa course. Mais c'est en claudiquant, depuis ce jour de 1645 où, saisi d'une impulsion qui symbolise le geste de sa vie, il s'est jeté d'une fenêtre et brisé la jambe ; c'est aussi, très longtemps, poussé par l'angoisse qui est, dès ses premières années, le bruit d'une image insaisissable ; c'est en poète et, dit-il, en « enfant perdu » ; c'est encore avec sa sensibilité de lettré, avec son ironie et sa passion d'intellectuel ; c'est en militant, ami des « pauvres » pay […]
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