Écrivain de langue malgache et de langue française, Jean-Joseph Rabearivelo est devenu la figure littéraire majeure de Madagascar. Sa mort volontaire, soigneusement mise en scène, longtemps préparée par des rêveries morbides, tranche les difficultés dans lesquelles il se débattait : pauvreté matérielle, conflits sentimentaux, perte jamais surmontée de sa fille bien-aimée, impossibilité de vivre harmonieusement dans la situation coloniale sa double culture, française et malgache. Poète maudit donc, « suicidé de la société coloniale », Rabearivelo avait commencé par publier à Tananarive, sa ville natale, des recueils de poèmes en français où, dans une forme mal dégagée de l'influence symboliste, il disait, à travers les métaphores filées du « roi découronné » ou des « arbres exilés », ses nostalgies et son désir de mort (La Coupe de cendres, 1924 ; Sylves, 1927 ; Volumes, 1928). En 1934 (Presque songes) et en 1935 (Traduit de la nuit), il inaugure une poétique neuve. D'abord parce que ces poèmes sont présentés comme « traduits du hova » : en fait, ils existent dans une double version, en malgache et en français. De plus, ils sont fondés sur les modes de fonctionnement propres à la poésie malgache traditionnelle : énigme, chanson, hain-teny. Ce sont des poèmes qui jouent sur le miroitement et la prolifération des métaphores autour d'un même thème (le passage de la nuit au jour et du jour à la nuit), la polysémie généralisée, le vertige de la traduction. Rabearivelo continue la même recherche dans ses Vieilles Chansons des pays d'Imerina (1939, posthumes). Son œuvre n'a été connue en dehors de Madagascar que par la place de choix que lui donne Léopold Sédar Senghor dans son Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache (1948). La commémoration du cinquantième anniversaire de la mort du poète, en 1987, a permis de publier des inédits importants : romans, nouvelles, poèmes.
Jean-Louis JOUBERT
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