Né à Nogent-sur-Marne le 8 mai 1938, le dessinateur Jean Giraud mène une double carrière : sous son vrai nom ou sous le diminutif de Gir, il réalise des bandes dessinées d'inspiration traditionnelle et, sous la signature de « Moebius », des œuvres que l'on pourrait qualifier « d'art et d'essai ».
Après un passage par l'école des Arts appliqués de Paris, Jean Giraud réussit, à partir de 1956, à placer des bandes dessinées dans divers illustrés, puis fait la connaissance du dessinateur belge Jijé (Joseph Gillain) et devient son assistant en 1961 pour La Route de Coronado, un épisode du western Jerry Spring publié dans le journal Spirou. Jijé recommande alors Giraud au scénariste Jean-Michel Charlier, désireux de créer un western : c'est ainsi que naît en 1963, dans le journal Pilote, la série Blueberry qui, pour avoir peu à peu subverti les poncifs du genre, est aujourd'hui considérée comme le western le plus important de la bande dessinée francophone. Depuis la mort de Jean-Michel Charlier (1989), Jean Giraud écrit lui-même les scénarios, accentuant la marginalisation du protagoniste qui, au fil des épisodes, devient proche du antihéros. Devant le succès de cette bande, des séries annexes ont été créées, notamment La Jeunesse de Blueberry (1968), aujourd'hui écrite par François Corteggiani, et dessinée par Colin Wilson puis par Michel Blanc-Dumont.
L'année même où Jean Giraud commençait Blueberry, il se dédoublait en Moebius pour mener une carrière parallèle, d'abord avec des histoires brèves publiées dans le mensuel Hara-Kiri. Sous ce pseudonyme (qui est une allusion à la bande de papier sans fin conçue par le mathématicien allemand Möbius), il entreprend une série d'expériences graphiques et narratives très différentes, dans lesquelles l'onirisme, l'ésotérisme et le mysticisme tiennent une grande place. Major fatal (1974-1979) est un jeu de déconstruction des stéréotypes de la science-fiction. Arzach (1975-1976), récit sur un oiseau fabuleux, ne contient aucun texte. Le Garage hermétique […]
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