4. « L'ennemi déclaré »
Sans jamais abandonner des préoccupations esthétiques, comme le montrent de nombreux écrits sur Giacometti, Rembrandt, Leonor Fini, la cathédrale de Chartres, sans perdre de vue des ambitions cinématographiques (son scénario, Mademoiselle, a été réalisé en 1966 par Tony Richardson, et il travaillera à d'autres films, jamais tournés, comme La Nuit venue ou Le Langage de la muraille, tandis que R. W. Fassbinder adapte Querelle de Brest en 1982), Genet a consacré ses dernières années à l'activité politique, séjournant le plus souvent à l'étranger, notamment au Maroc où il est enterré dans le cimetière de Larache. Il est mort le 15 avril 1986 dans un petit hôtel du XIIIe arrondissement de Paris sans avoir achevé la correction des épreuves d'Un captif amoureux.
Genet s'est toujours défendu d'appartenir au monde, à « notre monde ». Cette absence d'attache, qu'expliquent les conditions de sa naissance, lui donna une indiscutable liberté dont il fit un usage privé, sexuel, littéraire et politique. « Sartre suppose la liberté de l'homme et que chaque homme a tous les moyens à sa disposition pour prendre en charge son propre devenir. Je suis l'illustration d'une de ses théories de la liberté. Il a pu connaître un homme qui, au lieu de subir, revendiquait ce qui lui a été donné, le revendiquait et était décidé à le pousser jusqu'à son extrême conséquence. »
Sous forme autobiographique, transmuée par la poésie ou le théâtre ou encore carrément polémique, dans son dernier livre, mais aussi dans les écrits politiques rassemblés par Albert Dichy, cinq ans après sa mort, dans L'Ennemi déclaré, il revendique cette position d'observateur et de provocateur, qui ne vit pas comme « les autres » vivent. Dès son premier roman, il écrivait : « Le monde des vivants n'est jamais trop loin de moi. Je l'éloigne le plus que je peux par tous les moyens dont je dispose. Le monde recule jusqu'à n'être qu'un point d'or dans un ciel si ténébreux que l'abîme entre notre monde et l'autre est tel qu' […]
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