2. La reconnaissance littéraire
À sa sortie de prison, en février 1943, Genet fait la rencontre essentielle de sa vie d'écrivain : Jean Cocteau, que lui présentent des amis intellectuels, croisés quand il tenait une « boîte » de bouquiniste sur les quais de la Seine. Cocteau est immédiatement bouleversé, malgré une certaine méfiance à l'égard du personnage. « La bombe Genet », écrit Cocteau dans son journal quand il a fini sa lecture de Notre-Dame-des-Fleurs. « Le livre est là, dans l'appartement, terrible, obscène, impubliable, inévitable. On ne sait par où le prendre. Il est, il sera. Obligera-t-il le monde à devenir tel qu'il puisse paraître ? Pour moi, c'est le grand événement de l'époque. Il me révolte, me répugne et m'émerveille. » Avec une générosité typique de son tempérament, Cocteau fait circuler le livre. Paul Valéry conseille de le brûler, Marcel Jouhandeau s'enthousiasme. Paul Eluard, Robert Desnos, Colette, Jean Paulhan lisent le manuscrit. Quinze jours plus tard, le 1er mars, Paul Morihien, secrétaire de Cocteau, s'improvise éditeur et signe un contrat avec Jean Genet qui a de très nombreux projets de livres, de films, de pièces, dont un Héliogabale qu'il destine à Jean Marais. Il est lancé dans le Paris littéraire. Mais, trois mois plus tard, il est à nouveau sous les verrous pour vol de livre. L'intervention de Cocteau, qui témoigne à la barre en le qualifiant de « plus grand écrivain de l'époque moderne », lui fait échapper à la relégation à perpétuité et réduit sa peine à trois mois. Il est libéré, récidive, purge une dernière peine. Le 14 mars 1944, il sort de prison pour la dernière fois.
En mai 1944, il fait une deuxième rencontre déterminante : celle de Jean-Paul Sartre , qui va désormais accompagner son ascension littéraire. Notre-Dame-des-Fleurs est vendu sous le manteau dans un très faible tirage, suivi, en 1946, d'une publication clandestine de Miracle de la rose, achevé en 1944 et consacré aux diverses incarcérations de Genet. En publiant des extraits de Journal du voleur dans les Temps modernes, en juillet-août 1946, Sartre achève l'intronisation de son protégé qui est par ailleurs édité de façon de moins en moins clandestine par Marc Barbezat, directeur de la revue prestigieuse L'Arbalète, ainsi que, quoique de façon anonyme, par Gallimard : en 1947 paraissent Pompes funèbres, écrit en hommage à Jean Decarnin, résistant communiste mort sur les barricades, ami de Jean Genet, et Querelle de Brest, seul roman au sens strict.
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