La vie et l'activité du grand prédicateur de langue germanique que fut Jean Geiler, né à Schaffhouse, orphelin de bonne heure, recueilli par son grand-père, un bourgeois de Kaysersberg, sont presque entièrement liées à la ville de Strasbourg, et même à sa cathédrale, ce chef-d'œuvre de l'Occident médiéval, dont la flèche avait été achevée en 1439. Après de brillantes études à Fribourg-en-Brisgau, puis à Bâle, il revient dans son université d'origine pour y professer la théologie. Mais cet homme de Dieu, dévoré par le zèle apostolique, ne se satisfait pas du ministère pastoral : il se sent poussé vers la prédication. C'est l'époque où, en Alsace comme dans le reste de la chrétienté, les cités recherchent des clercs éloquents et savants pour parler aux foules. Au printemps de 1478, il suit Pierre Schott, l'Ammeister de Strasbourg, et désormais ne quittera plus cette ville.
Pendant plus de trente ans, les Strasbourgeois vont entendre sa voix puissante dénoncer, du haut de la chaire de la cathédrale, les abus qui rongent l'Église. Mais Geiler n'est pas qu'un censeur impitoyable : ce grand érudit, lecteur fervent de Gerson, éducateur dans l'âme, veut mettre au service […]
