2. Le patriarche
La guerre de 1939-1945 marque la première mort de Jean Gabin. Émigré aux États-Unis en 1941, il s'engage dans les Forces françaises libres et prend part aux combats. Mais, la paix revenue, il a du mal à retrouver sa place dans les studios français. Dans ces années d'échec (marquées malgré tout par son interprétation dans Le Plaisir, de Max Ophüls, 1952) se façonne le nouveau Gabin qui désormais gérera sa carrière avec prudence. Le succès revient avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker (1953). Pendant vingt ans, une longue continuité de films traditionnels va permettre à Jean Gabin de garder sa popularité et de poursuivre une carrière sans heurts. Quelques œuvres et quelques rôles à remarquer toutefois : French-Cancan (J. Renoir, 1955), La Traversée de Paris et En cas de malheur (C. Autant-Lara, 1956-1958)), Les Misérables (J. P. Le Chanois, 1958), Un singe en hiver (H. Verneuil ; 1962), Le Chat (P. Granier-Defferre, 1971), L'Affaire Dominici (C. Bernard-Aubert, 1973). Gabin se compose ainsi, à la ville comme à l'écran, un personnage typiquement français, qui incarne, pour le meilleur et pour le pire, les vertus de la race. Dans la France de l'industrialisation, de l'expansion, il devient une sorte de « Parrain » (Mélodie en sous-sol, H. Verneuil, 1963, Le Clan des Siciliens, id., 1969) ou de « patriarche » (Le Président, H. Verneuil, 1960) du cinéma français, dont on redoute les explosions colériques mais dont on respecte l'intégrité professionnelle, et dont on reconnaît que, sous une forme ou sous une autre, son talent et son mythe ont irrigué quarante années de cinéma français. « Jean Gabin/ Toujours le même jamais pareil/ Toujours Jean Gabin/ Toujours quelqu'un » (J. Prévert).
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