Issu d'une famille d'ancienne noblesse, d'une véritable dynastie de secrétaires d'État, Maurepas succède à son père, secrétaire d'État de la maison du roi, à quatorze ans ; son futur beau-père La Vrillière exerce la charge à sa place ; il reçoit le département de la Marine en 1723. Ministre à vingt-cinq ans, formé au temps de la Régence, il est marqué par cette époque. Doué d'intelligence et d'intuition mais superficiel, il est incapable d'une application sérieuse. Il souhaite servir la science autant que la mettre au service des hommes : écrivain caustique et léger, il a le goût des facéties. Il est l'homme des coteries, des intrigues. S'il sait s'entourer de collaborateurs de talent, il supporte mal leur réussite. L'ambiguïté du personnage apparaît chez le ministre, le courtisan, l'écrivain. À Paris, le ministre favorise l'urbanisme sur les plans de Turgot et de D'Argenson : travaux d'embellissement (quais, fontaines) et d'assainissement (aqueducs, égouts). Dans les services de la Marine, il recrute des astronomes et des géomètres, favorise les voyages au long cours, envoie des savants sous l'équateur et au pôle, fait mesurer l'arc méridien, explorer les côtes, dresser des cartes nouvelles. La liberté de commerce et l'aménagement des ports retiennent son attention. Une épigramme d'une extrême cruauté envers madame de Pompadour provoque sa disgrâce en 1749. Retiré à Pontchartrain, il vit pendant vingt-cinq ans selon ses goûts. Il est rappelé à Versailles par Louis XVI, lors de son avènement en 1774. Il a l'entière confiance du roi et préside le Conseil d'État. Inconsidérément, il oriente le jeune souverain vers le rappel des parlements, mais avec le maintien des édits de discipline, ce qui ne satisfait personne ; jaloux de son ascendant sur le roi, il conseille la disgrâce de Turgot puis celle de Necker en 1781.
Maurepas valait peut-être mieux que sa réputation. Sa collaboration aux ouvrages anonymes et collectifs, vers, contes, chansons, fut importante ; ses Mémoires sont apocryphes (1791-1792) ; ses écrits, sous un ton badin et audacieux, laissent percer un esprit critique et philosophique : Étrennes de la Saint-Jean, Étrennes de la Saint-Martin, Recueil de ces Messieurs.
Louis TRENARD
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