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SARASIN JEAN-FRANÇOIS (1615-1654)

L'un des plus brillants représentants de la poésie précieuse. Au service de plusieurs grands — Chavigny, puis le cardinal de Retz —, assez mêlé aux affaires publiques pour que Mazarin songe à lui confier une mission importante en 1643 et lance contre lui une lettre de cachet en 1647, il entre dans la maison de Conti avec le titre de « secrétaire des commandements » ; il suivra dès lors le prince et Mme de Longueville, dont il est depuis longtemps l'admirateur passionné, dans toutes leurs pérégrinations et sera mêlé à toutes leurs aventures. Il joue auprès d'eux le rôle d'intendant, mais aussi celui d'amuseur, sinon, dit-on, de bouffon. Doué de beaucoup d'esprit et de beaucoup de facilité, il excelle dans la poésie légère : sonnets, ballades, chansons, épigrammes ; il l'emportera sur Pellisson au cours de la « journée des madrigaux » qui mettra aux prises, en 1653, en une sorte de tournoi poétique, les habitués des samedis de Mlle de Scudéry. Il introduit dans notre littérature la lettre mêlée de vers et de prose (il écrit de cette manière La Pompe funèbre de Voiture, petit chef-d'œuvre de badinage) et, en même temps que Voiture, l'épître en vers irréguliers ; il introduit aussi, avant Boileau, le poème héroï-comique : le Dulot vaincu, sa dernière œuvre, conte avec beaucoup de fantaisie la guerre impie menée par les bouts-rimés contre la vraie poésie et leur défaite finale. Mais Sarasin est aussi l'auteur d'églogues, dans lesquelles il imite heureusement Virgile, de stances et de fragments d'épopée remarquables ; il est enfin un bon prosateur et un historien estimable (Relation du siège de Dunkerque, La Conspiration de Walstein). Ces ébauches prometteuses, ces réussites dans des genres si divers permettent de penser que celui en qui on a vu un aimable (mais selon d'autres inquiétant) touche-à-tout était capable d'une très grande œuvre. Mais il meurt prématurément, sans avoir pu donner la mesure de son talent. Il n'avait fait imprimer de son vivant que peu de chose ; c'est Ménage qui, après sa mort, se charge de réunir et de publier ses œuvres : elles paraissent en 1656 accompagnées d'un Discours élogieux de Pellisson.

Bernard CROQUETTE

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