« J'ai une mauvaise image dans les coteries intellectuelles ; c'est normal, j'ai d'abord une forte image populaire ; en somme, je suis le Voltaire des garçons coiffeurs. » Ainsi, Jean-Edern Hallier s'exprimait-il sur lui-même dans les colonnes de L'Événement du jeudi, le 16 juillet 1992. À cette date, celui qui rejetait la sommaire, et trop commode, étiquette de clown médiatique, au nom d'une hybridité qui lui faisait avoir « un pied dans le showbiz » et l'autre « dans la poussière infinie de la bibliothèque d'Alexandrie », allait entrer une nouvelle fois en campagne contre la corruption des lettres, et augmenter d'épisodes riches en rebondissements sa longue carrière de polémiste.
Cette carrière-là commence, en 1963, avec sa retentissante exclusion de la revue Tel Quel qu'il avait fondée trois ans plus tôt en compagnie de Jean-René Huguenin, Philippe Sollers et Renaud Matignon. Pour ce fils de général, diplômé de l'université d'Oxford en littérature comparée, latin-grec et philosophie, ce groupe devait être à l'origine du « dernier mouvement littéraire de la jeunesse française ». Sous sa direction (1960-1963), Tel Quel publia des textes de Francis Ponge, Henri Michaux, Louis-René des Forêts, de Georges Bataille aussi, dont Les Larmes d'Éros.
La rupture de 1963 fut précédée, en 1962, de la tragique disparition de Jean-René Huguenin, dont le souvenir ne cessera de hanter Hallier né le même jour que lui – le 1er mars 1936 –, et qui était son « jumeau stellaire ». Elle fut suivie d'une très vive déception – celle de ne pas voir couronner par le prix Médicis son premier roman, Les Aventures d'une jeune fille (1963), un « roman de terreur » qui avait cependant enthousiasmé Michel Foucault. En dépit des critiques louangeuses de Klossowski et de Mandiargues, ni le livre suivant, Le Grand écrivain, ni La Cause des peuples (1972) n'obtinrent la récompense espérée par celui qui se jugeait pourtant « goncourable ». Cette frustration devait trouver sa compensation dans une dénonciation à répétit […]
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