3. Refus et subversion de la culture
Farouchement opposé à l'art officiel, celui des institutions et des galeries parisiennes qui classent, fixent et hiérarchisent la création, Dubuffet prône le principe de « mouvance », une perpétuelle modification du regard. Si, dans les années 1930, il se passionne pour les hiéroglyphes égyptiens, les idéogrammes chinois ou les « calligraphies » romanes, une décennie plus tard, lors de ses trois séjours au Sahara de 1947 à 1949, c'est auprès des Bédouins qu'il cherche une forme d'authenticité et de primitivisme (Roses d'Allah, clowns du désert, série, 1947-1949). L'expérience du désert l'amène à représenter des Paysages du mental (1951-1952), libérés de tout repère spatial, qui constituent les prémices de ses recherches sur des espaces illimités.
L'autre versant de son opposition à la culture dominante a ses racines en Suisse où, à partir de 1945, il constitue une collection d'œuvres d'art réalisées par des « marginaux » qui ne sont pas influencés par un savoir artistique, et cette opposition se poursuit à Paris par la création avec André Breton, en 1948, de la Compagnie de l'art brut (depuis 1976, la collection est conservée par la Collection de l'Art brut, à Lausanne). Son intimité avec l'art brut lui permet de se libérer des traditions iconographiques et de subvertir le genre du nu féminin dans la série des Corps de dames (1950-1951). La texture de ces corps effrayants évoque non seulement la chair mais aussi des sols, des roches ou des écorces, faisant perdre toute signification aux notions de beauté et de laideur. Ces tableaux, souvent comparés aux Women de Willem De Kooning, exposés à la Pierre Matisse Gallery à New York, provoquent des réactions violentes qui vont encourager Dubuffet à développer sa vision de l'art dans Anticultural Positions (allocution à l'Art Institute de Chicago en 1951). Ces propos extrémistes contre la culture dominante seront repris en mai 1968 dans le pamphlet Asphyxiante culture.
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