2. Redécouvrir les contes
Une des erreurs les plus constantes, même au xxe siècle, aura été de séparer contes et fables. Ségrégation due au moralisme né de la Contre-Réforme qui a tenté d'occulter ou de discréditer un des courants les plus vivants de notre littérature, celui des contes facétieux et érotiques. C'est d'autant plus injuste que La Fontaine choisit dans ce répertoire des histoires lestes, sans doute, mais excluant toute perversité ou vulgarité, et qu'il les raconte d'une façon savoureuse mais généralement pudique, en maniant avec art la litote et l'allusion. L'anathème jeté sur ses contes est aussi un contresens littéraire, car plusieurs fables, par exemple La Jeune Veuve ou La Femme noyée, sont, elles aussi, des contes, à peine moins licencieux que ceux qu'on voudrait proscrire. À travers quelques histoires archiconnues d'initiations au plaisir, de prêtres en goguette, de cocus complaisants ou magnifiques, on peut surprendre quelques thèmes très neufs à l'époque et qui restent actuels à la nôtre : la célébration du désir et du plaisir, l'éloge de la femme, le respect des unions bien assorties et de l'amour. La critique de l'avenir serait bien inspirée en réhabilitant ces chefs-d'œuvre inconnus du grand public, par exemple ces deux épopées burlesques de la naïveté, Comment l'esprit vient aux filles et Les Oies de frère Philippe, ou le truculent maquignonnage (du Maupassant avant la lettre) du conte Les Troqueurs.
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