Grand mécène et protecteur de Watteau, dont il posséda plus de quatre cents dessins et jusqu'à quarante tableaux, Jean de Jullienne tenait sa fortune de l'industrie teinturière : Colbert avait appelé sa famille, des marchands hollandais, à Paris où il naquit. En 1721, il prit possession des ateliers que ses parents avaient installés sur la Bièvre. Son hôtel existe encore au 3 bis, rue des Gobelins ; on peut voir au fond du jardin l'orangerie où il avait installé ses collections d'œuvres d'art. Jullienne fit fructifier son entreprise, amassa une immense fortune qu'il employa surtout à ses collections, et connut tous les honneurs (il fut anobli en 1736 et fait chevalier de l'ordre de Saint-Michel en 1737). Voulant sans doute rivaliser avec l'autre grand amateur de tableaux, de dessins et d'estampes, le banquier Pierre Crozat, qui avait entrepris de faire graver à ses frais les collections de tableaux du roi et du duc d'Orléans, Jullienne entreprit en 1722 de faire reproduire par les meilleurs graveurs (souvent ceux-là mêmes qu'employait Crozat) l'œuvre entière de son protégé Watteau. Mais le peintre mourut prématurément. Le travail dura dix-sept ans et employa quinze graveurs. Jullienne grava lui-même dix-sept pièces. En 1728 parurent les deux premiers volumes (351 pièces) de Figures de différents caractères. Puis suivirent deux autres volumes consacrés aux tableaux (271 planches). Cet ensemble connu sous le nom de « Recueil Jullienne » est précieux à un double titre : il nous a transmis la reproduction de l'œuvre de Watteau et il marque un des sommets de la gravure de reproduction, art austère qui atteint là une liberté et une souplesse restées inégalées. Jullienne, dont Watteau et De Troy nous ont laissé le portrait, fut nommé conseiller honoraire et amateur de l'Académie.
Michel MELOT
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