En novembre 2003, couronnement de sa carrière d'inspecteur des finances, Jean-Claude Trichet passe du siège de gouverneur de la Banque de France à celui de gouverneur de la Banque centrale européenne (B.C.E.). Cette promotion ne semble avoir changé ni sa philosophie économique, ni le type de relations qu'il entretient avec la classe politique française, ce constant défenseur de la rigueur monétaire continuant d'affronter l'hostilité de certains dirigeants français. Si, malgré ces critiques, il mène une carrière brillante, c'est grâce à un comportement courtois et distancié, très représentatif de la haute fonction publique française, mais aussi parce que la politique qu'il incarne est conforme à la pensée économique devenue dominante au sommet des pays industrialisés de Tōkyō en 1979. Le président américain Jimmy Carter avait alors fait entériner l'abandon des politiques keynésiennes et la nécessité de politiques monétaires restrictives pour lutter contre l'inflation. À l'époque, dans l'équipe élyséenne, on trouve Jean-Claude Trichet.
Il est né le 20 décembre 1942 à Lyon, dans une famille d'universitaires. Élève doué, il passe les concours des grandes écoles d'ingénieur. Mais ses résultats le déçoivent. Diplômé de l'École des mines de Nancy, il prépare l'E.N.A., qu'il intègre en 1969. S'il y affirme une sensibilité socialisante, celle-ci se dissout dans le vécu de ses premières années de haut fonctionnaire et dans les tumultes d'une gauche qui semble condamnée à l'opposition. À la fin de 1978, il est conseiller technique au secrétariat général de l'Élysée après un bref passage au cabinet du ministre des Finances de René Monory.
L'alternance politique de mai 1981 le renvoie à la direction du Trésor, où il attend son heure. Elle vient en 1986, quand le nouveau ministre des Finances, Édouard Balladur, lui confie la direction de son cabinet.
Depuis le second choc pétrolier, la politique économique française se cherche : elle a connu l'austérité modérée de Raymond Barre, la […]
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