L'art juridique est dominé en France depuis le milieu du xxe siècle par la pensée de Jean Carbonnier. Ce dernier a profondément marqué le droit par sa volonté de l'adapter à l'évolution sociale dont il était le spectateur attentif : de sa modestie méthodologique procède son influence. Né à Libourne en 1908, ses études juridiques et l'agrégation des facultés de droit l'ont conduit, entre 1937 et 1955, à être professeur à l'université de Poitiers, dont il fut doyen. De cette époque lui est resté ce titre inséparable de son nom dans les milieux juridiques : « le doyen Carbonnier ». Il devint ensuite professeur à la faculté de droit de Paris, qu'il quitta en 1976. Jean Carbonnier, ayant par principe refusé toutes les formes d'honneur, resta professeur « honoraire » – et non « émérite » – de l'Université, et refusa l'hommage des mélanges que ses amis et ses disciples voulaient lui dédier. Tout au long des trente années de sa retraite, il demeura cependant actif et accessible, publiant des articles, rééditant ses manuels et concevant jusqu'au dernier moment des réformes législatives.
Jean Carbonnier soulignait que le droit n'exprime qu'une partie de la complexité humaine et sociale. Pour lui, l'art du droit, spécialement l'art législatif, doit tout à la fois intégrer cet au-delà de la technique juridique et avoir la vertu de ne pas toucher à ce qui le dépasse. Cet art est celui d'un droit conscient de ses limites, d'un droit modeste laissant venir à lui les évolutions sociales. Bien des raisons expliquent que Jean Carbonnier ait dominé la pensée juridique française : au premier chef, sa maîtrise technique, son savoir encyclopédique, une écriture à la fois précise et élégante, mais aussi une pensée en permanence dans le droit et en dehors du droit, qu'il ne vantait que conscient de ses limites et de sa force relative.
Jean Carbonnier fut un très grand professeur, marquant des générations d'étudiants. À ces derniers, il enseigna principalement le droit civil dont il exigeait que l'on connaisse et respe […]
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