2. L'art de lire
À partir des années 1980, Jean Bollack consacre une part importante de son activité à la tragédie antique avec des commentaires de l'Agamemnon d'Eschyle (avec Pierre Judet de La Combe, 3 vol., 1981), le monumental commentaire d'Œdipe roi (L'Œdipe roi de Sophocle, 4 vol., 1990), des interprétations (La Naissance d'Œdipe, 1995 ; La Mort d'Antigone. La tragédie de Créon, 1999 ; Dionysos et la tragédie, 2005) et de nombreuses traductions de pièces pour le théâtre réalisées avec sa femme Mayotte, occasion d'échanges avec les metteurs en scène comme Alain Milianti (Lille, 1985), Ariane Mnouchkine (Les Atrides à la Cartoucherie, 1990), Jacques Lassalle (Andromaque à Avignon, 1994) ou Camilla Saraceni (Hélène, 1998), dont l'aboutissement provisoire est l'expérience de la mise en scène avec Mathieu Bozonnet (Antigone, 1999). La pratique philologique rejoint ainsi d'elle-même son enjeu esthétique et surtout son actualité, en allant à la rencontre d'un public.
L'intérêt pour les réalisations de la modernité n'a cessé d'accompagner le travail philologique sur les anciens : en prenant pour objet d'étude la poésie de Paul Celan (Pierre de cœur, 1991 ; Poésie contre poésie. Celan et la littérature, 2001), Jean Bollack montre que la philologie est avant tout un art de lire, et que l'expérience de lecture des textes difficiles, fragmentaires ou chiffrés, renvoie à des principes herméneutiques communs. L'attention prêtée à la référence – culturelle ou anecdotique – et à sa transposition fait accomplir de grands progrès à la compréhension de cette poésie obscure. Le vaste effort de lecture de ces textes difficiles débouche sur la publication de plusieurs livres, en particulier d'une poétique, somme de réflexions glanées au cours du travail interprétatif (L'Écrit, 2000) et d'un recueil d'entretiens (Sens contre sens, 2000).
L'effort pour la compréhension des œuvres, constante dans la philologie mise en œuvre par Jean Bollack, est en effet ce qui lui donne son caractère singulier dans […]
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