3. Théoricien de la monarchie absolue ?
Les auteurs modernes, qui ne s'embarrassent pas toujours de nuances, ont souvent considéré que Bodin, partisan déclaré de la souveraineté, devait du même coup être considéré comme le fondateur de la monarchie absolue.
Historiquement, cette thèse a d'abord été soutenue, et le fait est assez curieux, par les propres théoriciens de l'absolutisme. José Antonio Maravall a excellemment montré que toute la philosophie politique espagnole du xviie siècle n'est qu'un long duel entre l'influence de Bodin et celle de Machiavel. Par un jeu singulier de contingences historiques, Machiavel, auteur italien, bénéficie, dans l'Espagne baroque, des privilèges généraux de « la nation la plus favorisée », tandis que Jean Bodin, inspirateur du parti des politiques qui ruina définitivement en France les prétentions des ligueurs inféodés à l'Espagne, est traité en ennemi déclaré : finalement, c'est son œuvre qui est condamnée comme machiavélique, tandis que celle du Florentin est agréée, commentée et, mêlée à celle de l'Italien Botero (Della ragione di Stato, 1589), contribue à la théorie de la « véritable raison d'État » soutenue par Barbosa Homem, qui est un machiavélisme renforcé, ad majorem Dei Hispaniaeque gloriam.
En France, au contraire, Jean Bodin est tiré, dès la première génération de ses disciples avec Grégoire de Toulouse (Syntagma juris universi), dans le sens de l'absolutisme. Ce point de vue sera soutenu sans la moindre nuance dans l'œuvre pesante de l'avocat général Cardin Le Bret, De la souveraineté du roi, parue en 1632. L'absolutisme prétendu de Bodin se définira en pratique d'abord par la dictature du « ministère » avec Richelieu, puis avec la dictature royale de Louis XIV à partir de 1682. Mais, pour l'instant, nous sommes encore très loin du terme de cette évolution historique. La République de Bodin est une sublimation du règne de François Ier, proposée en modèle à Henri IV.
Sans doute la progression vers la concentration du pouvoir est-elle […]
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