La carrière de Pigalle offre, au moins au départ, quelques analogies avec celle de Falconet. Presque contemporains, ils furent l'un et l'autre élèves de Lemoyne. Mais Pigalle est de ces hommes auxquels on dirait qu'une bonne étoile est attachée. Envoyé à Rome de 1736 à 1739, Pigalle parcourra les échelons de la hiérarchie académique avec facilité, commençant par un coup d'éclat : le Mercure, son morceau de réception (terre cuite, 1740, Metropolitan Museum ; marbre, 1744, Louvre), statue qui reste l'une des plus fameuses du xviiie siècle.
Plus qu'à l'art de Lemoyne, c'est à celui de Robert Le Lorrain, l'autre maître de Pigalle, que fait penser le Mercure. Le jeune dieu, souriant, est assis, le caducée à ses pieds ; il attache sa sandale gauche, la jambe levée ; un double pivotement anime le corps : celui du buste et des bras vers la gauche, celui de la tête vers la droite. Le traitement des surfaces et des volumes, admirablement enchaînés, fait vibrer la lumière et achève de conférer à la statue un air de souplesse, comme si elle était prête à bondir, une sorte de repos dans l'élan qui justifie pleinement l'immense succès que rencontra […]
