Proclamé l'émule, l'égal de Raphaël, celui qui fut, selon Castagnary, « le messie du classicisme », apparaît malgré lui comme l'un des initiateurs du romantisme et du réalisme en France. Déjà, en 1855, Baudelaire remarquait dans son compte rendu de l'Exposition universelle : « Aux gens du monde, M. Ingres s'imposait par un emphatique amour de l'Antiquité et de la tradition. Aux excentriques, aux blasés, à mille esprits délicats toujours en quête de nouveautés, même de nouveautés amères, il plaisait par la bizarrerie. » Qualifié de « Chinois égaré dans les rues d'Athènes » par Théophile Silvestre, Ingres fut un moment méprisé par les admirateurs de David, tels Kératry, Landon ou Jal, qui voyaient en lui un « gothique » et un « maniéré » et défendu par les romantiques, Achille Devéria ou Decamps. Mais, quelques années plus tard, il était en butte aux sarcasmes de Champfleury et des frères Goncourt, défenseurs de la nouvelle école. E. Chesneau voyait en lui le fondateur de l'académisme, et P. Mantz jugeait qu'il exerçait sur l'art contemporain une « influence fatale ». Cependant Thoré le reconnaissait, en 1842, comme « l'un des premiers maîtres de ces temps-ci », et Théophile Gautier ne devait pas cesser de le défendre. Au début du xxe siècle, Maurice Denis rappelait son influence sur le symbolisme et l'Art nouveau. Depuis, les historiens d'art ont pu apprécier son rôle dans l'évolution de l'art moderne.
1. La carrière d'un prix de Rome
Jean Auguste Dominique Ingres naquit à Montauban. Il reçut de son père, le décorateur Jean Marie Joseph Ingres (1755-1814), ses premières leçons de peinture, avant d'entrer très jeune, en 1791, à l'académie de Toulouse où il eut pour maîtres G. J. Roques (1756-1847), J. Briant (1760-1799) et le sculpteur J. P. Vigan ( ? - 1829). Élève de David à Paris, à partir de 1797, il devait remporter, en 1800, un second Grand Prix de peinture, et l'année suivante, en 1801, le premier Grand Prix avec le sujet : Les Ambassadeurs d'Agamemnon et des principaux de l'armée des Grecs, précé […]
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