3. Une personnalité complexe
Dans l'histoire récente, il n'y a pas en Inde, parmi les leaders politiques, de personnalité plus complexe que celle de Nehru. Indien de naissance mais d'éducation occidentale, d'allure moderne mais soumis à l'héritage du passé, patriote ardent mais capable de vues internationales, combattant intrépide et pourtant toujours prêt à subordonner ses principes aux exigences du moment, ennemi juré de tout ce qui est indigne et cependant fermant les yeux sur la corruption et les malversations, Nehru était vraiment un homme de paradoxes. Extrêmement humain, il était impulsif au point de manquer de dignité. Nehru prétendait être un disciple de Gandhi et cependant il n'a jamais accepté la position spirituelle de Gandhi face aux problèmes nationaux, ni sa conception de la machine et de la civilisation moderne, ni son éloge de la pauvreté. Il aimait les foules, il était stimulé par leur présence, mais il était l'homme le plus solitaire, doué d'une sensibilité presque féminine.
Sans être à proprement parler un grand érudit, Nehru possédait une vaste culture, et des dons certains d'écrivain. Regards sur l'histoire (Glimpses of World History, 1939), et sa suite Découverte de l'Inde (Discovery of India, 1946) sont œuvres d'historien, mais c'est son Autobiography (1936) qui fait de Nehru une figure importante dans le monde des lettres. Au point de vue religieux, il était indifférent et se disait ouvertement agnostique. Influencé très tôt par le socialisme fabien, il se sentit attiré jusqu'à un certain point, et pour peu de temps, par le marxisme. Mais il ne fut jamais marxiste ; durant ses dernières années, son hostilité à l'égard du marxisme grandit, il le qualifiait de « réactionnaire » et de « dépassé ».
Nehru fut un nationaliste anti-impérialiste de la période coloniale, nourri des valeurs démocratiques bourgeoises occidentales.
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