Né à Madrid le 20 septembre 1951, romancier, traducteur, auteur de récits brefs et d'articles de presse, Javier Marías est un écrivain cosmopolite qui se distingue par son rapport intime à la langue, par une pensée profonde qui prend la forme d'incises à l'intérieur du récit, et par les méandres d'une écriture qui avance en spirale. Sous sa plume d'une grande finesse se profilent les ombres d'auteurs tels que Joseph Conrad, Laurence Sterne, William Faulkner, Vladimir Nabokov, mais aussi celle de l'écrivain espagnol Juan Benet qui symbolisa une nouvelle forme d'expression narrative dans une Espagne encore franquiste. C'est aussi sous le signe de Shakespeare que s'inscrivent la plupart de ses romans.
En 1971, à l'âge de dix-neuf ans, Javier Marías commence sa carrière littéraire avec un roman, Los dominios del lobo, dont l'action se déroule aux États-Unis, et qui se veut autant une parodie qu'un hommage rendu au cinéma hollywoodien des années 1940-1950. Après El Monarca del Tiempo (1978), œuvre composite qualifiée de « roman » par l'auteur lui-même et qui invite implicitement le lecteur à une réflexion sur l'histoire et sur la relation entre la vérité du discours et son rapport au présent, les premiers signes d'historicité disséminés concernant cette fois-ci l'Espagne se retrouvent en 1983 dans El siglo. Par un effet d'ombre et de lumière, c'est à partir de Lisbonne que se dévoile l'image de l'Espagne, avec la présence incontournable de la guerre civile. Chacun des chapitres met en évidence une vie vouée à l'échec. Ce decrescendo caractérise la trajectoire de Casaldáliga, antihéros frustré devenu délateur à la fin de la guerre. En se dotant d'un caractère plus intimiste, El hombre sentimental (L'Homme sentimental) qui paraît en 1986 marque un tournant dans l'écriture de Javier Marías. Ce roman dans lequel l'amour ne se vit pas mais se rêve, se remémore ou s'anticipe, nous révèle dans quel temps a choisi de s'installer l'auteur : le temps de l'écriture entre la fiction à venir et l'expérience d […]
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