3. Vers un raffinement accru
Depuis les années 1980, le repli sur la sphère individuelle s'est intensifié dans l'œuvre de l'artiste, avec la récurrence du motif privé de la salle de bains – lieu de la nudité à soi ? – et d'objets personnels souvent peints en trompe l'œil, mais toujours intégrés à une composition plane. Simultanément a commencé une phase rétrospective et autobiographique, où se mêlent, dans un raffinement extrême, histoire du moi et histoire de l'art, en des (auto)citations – drapeaux, hachures, Picasso, Grünewald – qui, souvent camouflées, sont à décrypter dans le plan de la toile. Il faut y lire les dernières hésitations d'un moi secret qui finit par « baisser la garde » (Johns) pour révéler son espace (pictural-culturel) intime. Double démarche esthétique et introspective synthétisée dans cette révélation que constituent les Seasons (1985-1986) : la silhouette grise du peintre, intégrée à quatre compositions de citations, évoque le regard rétrospectif de Johns sur les saisons d'une carrière d'artiste et d'homme, toujours solitaire dans l'espace ambigu et peuplé des images.
Ce jeu de citations et de références semble cependant avoir fini par lasser l'artiste, dont l'œuvre, depuis le début des années 1990, a pris un tournant différent. Si les autocitations et les références artistiques demeurent (peut-être), elles se sont opacifiées au point de ne plus pouvoir être identifiées. Johns a choisi de créer des images qui ne renverraient plus directement à des sources identifiables. À l'image de la peinture Green Angel (1990, Walker Art Center, Minneapolis), très représentative de ce nouveau registre, ses œuvres tentent désormais d'être des images dénuées de symboles qui ne feraient plus appel à une connaissance préalable – de son œuvre, de l'histoire de l'art... –, mais directement et uniquement à l'œil du spectateur.
Depuis les années 1990, d'importantes expositions ont été consacrées à l'artiste, qu'il s'agisse de grandes rétrospectives soulignant son rôle dans l'histoire de l'art (Jasper Johns, a Retrospective, 1996, MoMA, New York), ou bien d'expositions présentant des aspects moins connus (comme sa production de gravures) d'une œuvre toujours riche et foisonnante.
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