2. Une œuvre introspective
Dès cette première période s'affirme l'unité poétique de deux tendances principales de l'œuvre de l'artiste : un formalisme et un intellectualisme à la Duchamp, mais aussi une introspection qui va s'intensifier au cours des années 1960-1970. Alliance rare dans un monde artistique où l'engagement théorique impliquait souvent un désengagement du moi. Disappearance II (1961, Museum of Modern Art, Toyoma, Japon), toile qui, les quatre coins repliés, se referme comme une enveloppe, illustre ces réflexions formelles sur le plan, la surface et l'image absente, mais aussi une méditation sur les replis du moi. La série des Souvenir (1964) souligne aussi cette préoccupation double en mettant l'accent sur la mémoire. Petit à petit, l'aspect introspectif, passé inaperçu dans ses premières œuvres, s'affirme également avec la place grandissante accordée au corps, déjà présent dans Target with Four Faces, (1955, Museum of Modern Art, New York), sous la forme de moulages de son propre corps fixés à ses toiles : pieds, nez, bouches, sexes..., y compris dans des œuvres formalistes et duchampiennes comme According to What (1964, coll. privée, New York).
Pendant les années 1970, la réserve angoissée semble l'emporter, avec l'exploration formelle et systématique de deux motifs abstraits, dallages et hachures, qui sont arrangés en polyptyques complexes selon des agencements savants qui délimitent une forme d'espace abstrait – cylindrique ou sphérique – né du plan. Mais, de ce plan creusé par la structure, franchissant avec difficulté la grille des hachures, le corps et le moi resurgissent, par exemple dans la série Tantric Detail (1980-1981), sous la forme d'un crâne et d'un sexe tronqués évoquant des préoccupations existentielles chez l'artiste.
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