2. Admiré beaucoup et beaucoup diffamé
Le premier concert de Jascha Heifetz à Carnegie Hall, le 27 octobre 1917, est bien plus qu'une nouvelle victoire, bien plus que la concrétisation des étourdissants débuts d'un virtuose international ; c'est le véritable acte d'adoption d'un tout jeune homme par un peuple avec lequel il va totalement s'identifier. Bientôt sa famille le rejoint et il prend, en 1925, la nationalité américaine. Il se marie deux fois et deux fois il divorce. On le voit devenir vedette de films dont il est l'unique attraction. Bref, il devient plus américain que ces Américains qui ont fait de lui leur idole.
Sa carrière ne connaît guère que des succès éclatants. À chaque apparition publique, on crie au miracle devant la pureté et la perfection de son jeu. Il se produit avec les plus grands chefs, Münch, Beecham, Toscanini, Koussevitzky – avec qui il donne la première américaine du Deuxième Concerto pour violon de Prokofiev et en réalise, le 20 décembre 1937, le premier enregistrement mondial –, Reiner, Monteux, Sargent. Il donne des concerts dans le monde entier, jusqu'en Palestine et en U.R.S.S. (1934). Au cours des années 1950, il se consacre à la musique de chambre et, une fois encore, choisit les partenaires les plus prestigieux : Arthur Rubinstein, Leonard Pennario, William Kapell ou Benno Moiseiwitsch (piano), William Primrose (alto), Gregor Piatigorsky ou Emanuel Feuermann (violoncelle). Il écrit des cadences pour le Quatrième Concerto pour violon de Mozart ainsi que pour ceux de Beethoven et de Brahms. Il transcrit et adapte pour son instrument plus de 250 pièces dans un style souvent proche, hélas !, de la « musique de genre » qui sévissait tant à l'époque
À la différence d'un Yehudi Menuhin ou d'un Joseph Szigeti, qui se feront les ardents défenseurs des audaces d'un Bartók, d'un Stravinski ou d'un Berg, Heifetz ne s'aventure – et bien timidement encore – que chez Kodály, Chostakovitch et Prokofiev. En cela il s'identifie à une ombrageuse Amériqu […]
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