2. Symbolisme et sensualité
La poésie de Vrchlický est certes une poésie d'idées. C'est elle que l'on retrouve dans les recueils comme Život a smrt, 1892 (La Vie et la Mort) ou Prchavé iluse a věčné pravdy, 1903 (Illusions fugaces et Vérités éternelles). Mais d'autres, comme Hudba v duši, 1886 (La Musique dans l'âme) ou Duše mimosa, 1903 (L'Âme mimosa), nous rappellent que cette poésie, bien que fort différente de la poésie contemporaine, sait encore nous émouvoir en nous faisant ressentir la beauté du monde. Avec la beauté, la bonté. Loin de Baudelaire – dont Vrchlický fut pourtant l'un des premiers traducteurs en langue tchèque – la femme est ange, la nature est païenne et sans péché, et même les déesses antiques ont une présence charnelle devant laquelle le poète s'agenouille. Plus proche d'Eluard, Vrchlický ne connaît de tragique que « l'absence sans désirs ».
Pour juste un peu d'amour, j'irais, j'irais partout,
J'irais cheveux au vent, j'irais pieds nus,
La neige ? dans mon cœur ce serait amadou,
L'orage ? à mon oreille une chanson de merle,
Le sable de mon âme, il y pleuvrait des perles,
Pour juste un peu d'amour, j'irais, j'irais, partout,
Mendier, comme l'homme qui chante au coin des
[rues.
Okna v bouři, 1894
(Les Fenêtres dans la tempête.)
Et quand l'absence est comblée, le monde est plein, avec un sens de la litote proche de l'art de l'Extrême-Orient.
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