8. L'Extrême-Orient
L'une des sources où puisa le jardin anglais, dès la fin du xviie siècle, fut le jardin chinois, dont l'art s'était développé, depuis des temps très anciens, selon des traditions soigneusement maintenues, et influencées par la religion et la philosophie. Le jardin chinois est essentiellement un lieu de contemplation, d'immobilité et de silence. Il constitue un abrégé du monde, proposé à l'esprit. Sans doute, l'artiste préfère disposer de vues amples, de compositions ménagées selon de larges perspectives, avec, au fond, la mer, ou une barrières de montagnes dentelées ; mais un seul tertre, de dimensions médiocres, voire une simple pierre, l'ombre d'un rameau qui se balance, sont autant d'objets propres à la méditation.
Le jardin est en général lié à une habitation humaine : simple cabane ou pavillon que borde une balustrade aux entrelacs symboliques. Il offre aussi un lieu de promenade, mais pour cette raison, ses allées – ou son allée unique – seront sinueuses, l'important n'étant pas d'aller d'un point à un autre, mais de renouveler les points de contemplation, d'épuiser l'inépuisable. Le jardin chinois est l'exact contraire du jardin français, qui se propose d'être intelligible ; il veut être uniquement « sensible », pure juxtaposition de formes, de sensations dont chacune est unique, comme un poème. On aimera les pierres bizarrement travaillées par la nature, celles qui ont séjourné longuement dans des lacs, où elles ont pris l'apparence de bêtes mythiques, de génies ou de végétaux. Ainsi se crée et se retrouve le monde fuyant des formes. Le jardin est la matrice de la création, il renferme tous les éléments du monde : la pierre et l'eau, les plantes, les oiseaux, les bêtes, tout ce avec quoi l'âme du sage doit entrer en communion et qui symbolise, selon des correspondances secrètes, chaque aspect, chaque moment de l'âme.
Le jardin japonais est issu du jardin chinois, mais il s'est développé avec un tel bonheur qu'il est une province autonome de l'art. Là, le symbolisme s'est codifié, et il existe des plans quasi immuables des jardins japonais, des plus grands aux plus humbles, qui tiennent dans un simple vase. On y trouve des montagnes (buttes artificielles ou simples cailloux), un lac, au moins une île, une cascade et une plage.
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