2. Les causes structurelles des crises
Depuis le début des années 1990, le Japon a connu deux crises d'origine différente. La première, pendant les années 1992-2002, a été déclenchée par l'éclatement des bulles spéculatives boursières et immobilières à la suite du durcissement de la politique monétaire à partir de mai 1989. Par contre, la récession de 2008-2009 résulte du ralentissement de la demande mondiale, à la suite de la crise américaine des crédits subprime. Ces deux crises n'en révèlent pas moins de nombreuses faiblesses structurelles de l'économie japonaise, aggravées par des chocs conjoncturels.
Une comparaison rapide des chocs conjoncturels subis par le Japon durant la décennie de 1990 avec ceux des années 1970 et 1980 fait apparaître deux caractéristiques. D'une part, les chocs sont plus nombreux ; d'autre part, ils sont plus fréquemment liés à des facteurs domestiques.
• Une succession de chocs internes
Alors qu'une reprise est attendue en 1995 après l’absorption partielle de la forte contraction des actifs boursiers et immobiliers, le tremblement de terre qui touche Kōbe stoppe cet élan et se répercute sur la production et la consommation des ménages, effet qui est prolongé par l'émotion suscitée quelques mois plus tard par l'attentat terroriste au gaz sarin perpétré par la secte Aum Shinri-Kyo dans le métro de Tōkyō. À ces chocs s'ajoute la très forte hausse du yen de février à août 1995 (pic de 79 yens pour 1 dollar en avril 1995). Elle lamine le profit des entreprises et infléchit leur politique d'investissement.
L'année 1997 est marquée par un triple choc fiscal pour contenir le déficit public : une hausse de la T.V.A., portée de 3 p. 100 à 5 p. 100, une augmentation du plancher du ticket modérateur de l'assurance-maladie et l'abandon des mesures d'allégement d'impôt. En réaction, la consommation des ménages chute brutalement. De plus, la crise financière asiatique (de l'été de 1997 à la fin de 1998) pèse sur le commerce extérieur nippon (la part des exportations japonaises destinée à l'Asie tombe de 42 p. 100 à 33 p. 1 […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 14 pages…



