2. Le régime politique
Il est difficile de classer le Japon dans l'une des grandes catégories connues des régimes politiques. Les Japonais eux-mêmes s'y sont vainement essayés. S'ils sont, certes, unanimes pour admettre que leur pays pratique aujourd'hui un parlementarisme de type anglais, ils n'en reconnaissent pas moins que des expressions comme « la démocratie japonaise » ou « la monarchie nippone » n'ont pour eux aucun sens. Le Japon, qui a cessé d'être un empire, n'est point pour autant devenu une démocratie, a fortiori une république. Le Japon est le Japon, cela leur suffit.
Cette difficulté dans la recherche d'une définition juridique tient à la faiblesse de la réflexion constitutionnelle au Japon. Qu'il ait voulu, un temps, imiter le modèle chinois (qui ne convenait d'ailleurs point à la faiblesse de son appareil administratif), qu'il se soit ensuite créé de toutes pièces un régime « shōgunal » fondé sur le dualisme du pouvoir, ou qu'il se soit enfin donné, après la révolution de Meiji, une constitution imitée de l'expérience prussienne, le Japon, jusqu'en 1945, a toujours été un empire. Que pouvait-on lui substituer après le traumatisme de la capitulation ?
La Constitution de 1946, en maintenant l'institution impériale, a opté pour un régime parlementaire imité du modèle britannique, tout en empruntant aux États-Unis certaines techniques d'administration locale ou judiciaire.
Mais on peut se demander si la seule étude des mécanismes constitutionnels est susceptible de rendre pleinement compte de la physionomie originale du régime politique japonais. En fait, derrière la « façade parlementaire » ou les emprunts au régime présidentiel se joue un jeu complexe qu'il est difficile à l'étranger de percer. Plus que les tenants officiels du pouvoir politique, ce sont les milieux d'affaires qui gouvernent effectivement le Japon. Plus que le Premier ministre, c'est le très puissant président du principal syndicat patronal qui inspire – pour ne pas dire conduit – la politique japon […]
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